21/08/2025

Villages de pêcheurs du Morbihan : escales discrètes et vivantes du littoral

Ambiances marines et havres abrités : des villages où la pêche a forgé les murs

Ce qui frappe d’abord, en remontant la rivière d’Etel ou en longeant la baie de Quiberon, c’est la diversité des villages. Chacun a sa musique, ses plis, sa manière de vivre la mer. Certains lieux ont conservé une mémoire vive de la pêche ; d’autres vivent une reconversion intelligente sans effacer leur passé.

  • Saint Cado (Belz) Posé sur une île minuscule au beau milieu de la ria d’Etel, Saint-Cado donne d’abord l’impression d’être hors du temps. Les maisons de pêcheurs du XIXe siècle s’alignent face à la mer : façades basses, toits d’ardoise parfois bosselés par le vent. L’îlot de Nichtarguer, juste en face, porte la fameuse petite maison de pêcheur aux volets bleus qui attire les photographes du monde entier (Ouest-France, 2020). Mais le vrai spectacle est ailleurs : à marée montante, les pêcheurs remontent leurs nasses à crevettes ou à anguilles, activité séculaire dans la ria. On croise toujours quelqu’un qui revient avec un panier garni, la vareuse couverte d’éclaboussures. Saint-Cado fut un grand centre de pêche à la civelle au siècle dernier ; aujourd’hui, l’activité subsiste à petite échelle, mais la fête de la civelle continue chaque année pour rappeler cet ancrage.
  • Le Magouër (Plouhinec) Coincé entre les dunes et l’embouchure de la ria, le Magouër est un de ces villages qui se défendent bec et ongles face aux tempêtes. Difficile d’imaginer que ce hameau fut, début XXe, le plus grand port de pêche du Morbihan pour les sardiniers à voile. L’histoire s’est inscrite dans le sable : sur la grève, on peut voir les carcasses de trois vieux thoniers couchés depuis 1949, vestiges émouvants du temps où les familles vivaient au rythme des saisons de pêche. Certains pêcheurs poursuivent ici la récolte de coques et de palourdes à marée basse ; la tradition de la plaisance côtière s’est greffée sur cette histoire, sans la trahir.
  • Portivy (Saint-Pierre-Quiberon) À la pointe de la presqu’île de Quiberon, là où la côte sauvage commence, Portivy vit… à l’ouest. C’est le seul port naturel orienté plein ouest de l’ensemble de la baie. Pendant longtemps, c’était le point de départ et de retour des pêcheurs à la petite semaine, entre casiers à tourteaux et filets à maquereaux (France 3 Bretagne). Aujourd’hui, l’activité pro a ralenti, mais sur le quai, on croise encore de vieux pêcheurs qui partent à l’aube. Les maisons blanches serrées autour du port, l’odeur du goémon séchant au soleil, le bistrot où l’on déguste la pêche du jour, tout cela fait que Portivy échappe à la mode des stations balnéaires. La tradition de la pêche au homard reste vivace, et la fête locale du port, bien loin des grands événements, se tient chaque été.
  • Le Vieux Passage (Plouhinec / Ria d’Etel) Juste en face de Saint-Cado, Le Vieux Passage, hameau discret, conserve une atmosphère recueillie : maisons basses, port calme, casiers empilés le long de la cale. Jusqu’aux années 60, la vie tournait ici autour de la pêche à pied et de la drague d’huîtres. On y rencontre encore quelques anciens qui ramassent la palourde au lever du jour, une activité réglementée pour préserver la ressource. Le café du port fait office de petit musée vivant où l’on entend les souvenirs de la vie d’avant.
  • Saint-Goustan (Auray) Officiellement, Saint-Goustan est le port historique d’Auray. Mais il mérite sa place, car c’est là qu’arrivaient jadis les chalands de poisson : sardines, congres, harengs. Les pavés du quai, usés par des siècles de passages, en témoignent. Le marché aux poissons anima la vie du port jusqu’au milieu du XXe siècle. Aujourd’hui, les touristes sont plus nombreux, mais il reste des archives précises des volumes débarqués : en 1925, 450 tonnes de poisson y transitaient chaque année (Archives Municipales Auray).

Lieux confidentiels et petits ports où la pêche façonne encore le quotidien

Le Morbihan ne se limite pas aux sites connus. D’autres villages, parfois passés sous le radar, perpétuent une vie maritime discrète. La pêche n’y est pas qu’un décor : elle donne le ton, façonne les habitudes, et le visiteur avisé y sent toujours le parfum d’embruns mêlé à celui du goémon.

  • Le Gorvelëz (Larmor-Baden) C’est à la pointe nord de Larmor-Baden qu’on découvre ce minuscule port de poche, coincé entre deux avancées de granite. Ce fut, dans les années 1930, le lieu de départ des fileyeurs partant sur une mer parfois capricieuse. Aujourd’hui encore, plusieurs professionnels ramènent chaque matin des araignées, des tourteaux, parfois des vieilles pour les amateurs de soupe. Ici, la halle aux poissons n’existe pas : la vente se fait directement sur le quai, au retour du bateau.
  • Port-Blanc (Baden) Port-Blanc n’est pas seulement le point d’embarquement vers l’île-aux-Moines : c’est aussi un creuset de petits métiers de la mer. Caseyeur, pêcheur à la palourde, ramasseur de praires — toutes ces activités se croisent sur la cale tôt le matin. En 2018, une poignée de pêcheurs professionnels y capturaient encore près de 20 tonnes de crustacés et coquillages selon la SNSM locale.
  • Crac’h, rivière cachée Sur la rivière de Crac’h, peu de visiteurs : pourtant, les pêcheurs d’anguille et de civelle perpétuent encore un savoir-faire si spécifique qu’il a valu au site sa réputation discrète. La civelle (alevin de l’anguille) fut la grande richesse de la région jusque dans les années 1970, avec parfois plus d’une tonne exportée par an (Le Télégramme, 2004). Cela reste aujourd’hui très encadré pour préserver la ressource, mais la tradition veille.

Rythmes, coutumes et savoir-faire : la pêche, une vie en mutation

Quand on traverse ces villages, la pêche n’est jamais tout à fait la même. Ici ce fut la sardine, là les tourteaux, plus loin les huîtres ou les coquillages. Mais l’histoire de la pêche, dans le Morbihan, c’est surtout celle de l’adaptation.

  • La pêche artisanale perd du terrain : En 2021, il restait moins de 220 bateaux de pêche professionnelle en Morbihan (DIRM NAMO, Direction Interrégionale de la Mer). Les fileyeurs ou caseyeurs représentent la majorité.
  • La polyvalence règne : Beaucoup de professionnels cumulent les savoir-faire selon la saison : araignée de mer, coquille Saint-Jacques, palourdes, maquereau, bar. Certains alternent aussi avec la récolte de goémon ou le ramassage de coquillages.
  • Des fêtes pour transmettre : Dans quasiment chaque village cité plus haut, une fête locale survit, toujours centrée sur la pêche : fête du port à Portivy, de la civelle à Saint-Cado, du Vieux Passage à Plouhinec. On y déguste les produits du cru, on y écoute les « chants de marins » véritables écrits et racontés par ceux qui vont sur l’eau.
  • Des anecdotes glanées : Au Magouër, on raconte qu’un pêcheur remonta, en 1952, une anguille de plus d’1,2 mètre — record local inégalé (anecdote locale, transmise oralement). À Port-Blanc, le « bar de retour » sans enseigne est réputé pour préparer la salade de bigorneaux tous les samedis matin pour les lève-tôt.

Pratique : Comment aller à la rencontre des villages sans les déranger

Une halte dans ces villages ne se décrète pas à grand renfort de guides. Pour vivre une rencontre vraie :

  • Arriver tôt : les pêcheurs sont matinaux, et le spectacle du retour du large n’attend pas 10h.
  • Préférer les jours ordinaires aux périodes de fête, pour ressentir la vie quotidienne.
  • S’asseoir à la terrasse d’un café, écouter les histoires, engager la conversation avec humilité.
  • Respecter les zones de travail, surtout lors du débarquement sur les cales : ce sont des espaces vivants, pas des décors.

À noter, de plus en plus de pêcheurs pratiquent la vente directe (sous le label « Pêcheurs d’ici » ou sur le marché du port) : c’est l’occasion d’acheter du poisson ultra-frais sans passer par la grande distribution.

Des villages, des visages, un littoral à découvrir autrement

Le charme des villages de pêcheurs du Morbihan ne s’explique pas en une photo ou une formule marketing. Ce sont des lieux qui se donnent à qui sait attendre : une lumière sur la ria, une discussion sur la jetée, un panier de praires pour le dîner, l’histoire d’un filet raccommodé. La liste n’est jamais fermée : d’autres pays, d’autres ports, d’autres hameaux méritent leur place, mais ici, le choix s’est fait sur des lieux où la pêche continue d’irriguer la vie. Pour découvrir ces villages, il faut accepter la lenteur, l’écoute, la curiosité — qualités précieuses sur une côte où la mer et les hommes continuent à écrire, chaque jour, leur propre histoire.

  • A lire pour aller plus loin :
    • HERNOT, A. (2016). Les petits ports du Morbihan.
    • France 3 Bretagne, reportages « Les marins du Golfe ».
    • Archives municipales d’Auray, « La pêche dans le port de Saint-Goustan ».
    • Ouest-France (actualités locales).
    • DIRM NAMO, Chiffres-clés de la pêche en Morbihan.

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