07/11/2025

Pierres, bois et goémon : Parcours des bateaux traditionnels dans les ports du Morbihan

Pourquoi les bateaux traditionnels fascinent-ils autant dans le Morbihan ?

Avant d’arpenter les quais, il faut comprendre ce qui fait la particularité du Morbihan : un linéaire côtier fragmenté, des rias profondes, une mer intérieure, des îles et des criques qui ont forgé une myriade de types de bateaux, tous adaptés à une pêche, un port ou une activité précise. Le « patrimoine naviguant » breton, ce ne sont pas que de “vieilles coques”. Ici, la yole, le sinagot, la gabare et la plate sont encore à flot, portions vivantes d’une mémoire collective et de savoir-faire.

  • Selon l’Inventaire général du patrimoine culturel, la Bretagne comptait à la fin du XIXe siècle plus de 1 400 types de bateaux traditionnels différents (Patrimoine.bzh).
  • Dans le seul Golfe du Morbihan, on recense aujourd’hui près de 400 bateaux anciens actifs, restaurés ou reconstruits à l’identique par des passionnés (source : Fédération Régionale pour la Culture et le Patrimoine Maritimes).

Les ports incontournables pour voir naviguer ou amarrés les bateaux traditionnels

Vannes, le pont entre ville et mer

Sur le port de Vannes, l’ancien quai à bois, la cale de la Rabine et les pontons du club Nautique sont le théâtre régulier de réunions de vieux gréements. On peut voir, au fil du printemps et de l’été :

  • Sinagots : Ces “voiles noires” à la coque ronde, originaires de Séné, sont le symbole flottant du golfe. Des associations locales font encore naviguer Amandine, Jean et Jeanne, ou Mab Er Guip.
  • Yoles de Bantry : Ces archets de courses en bois marquent de leur proue élancée certaines régates estivales.
  • Lieux de RDV : Le ponton visiteurs à la Rabine et la cale du Club Nautique sont souvent prisés des rassemblements (notamment lors de la Semaine du Golfe).

Le Bono, port de bois et de mémoire

Petit port d’estuaire caché entre Auray et Baden, Le Bono préserve une atmosphère “à l’ancienne”. Des plates s’y balancent près du célèbre pont suspendu, et la gabarre Forban du Bono – classée monument historique – sort régulièrement ses voiles rouges quand le vent s’y prête. L’hiver, les coques carénées sèchent à la Cabane du Forban, vestige rare d’un chantier associatif.

Le port, non motorisé, interdit aux véhicules (ou presque), laisse respirer les coques anciennes, visibles en toute saison. On croise parfois au détour un vieux canot, empreint de lichens et de sel, prêté par une famille locale.

Saint-Goustan : le port d’Auray et ses secrets de marée

Ici, les bateaux traditionnels trouvent un abri sûr dans le cœur ancien du port, protégé par son pont en pierre. La gabare Notre-Dame de Béquerel ou son petit frère la Saint-Pierre y séjournent. Des plates ostréicoles, témoins du passé des vieux ostréiculteurs, se côtoient sur les rives, et certains soirs, des bénévoles racontent l’histoire maritime autour d’un verre, à la terrasse d’un café.

  • Un tiers des sorties annuelles de la Saint-Pierre sont ouvertes au public lors d’ateliers-découverte (renseignements à la Maison du Port).

Séné et ses culs noirs : la saga sinagote

Séné fut le berceau d’une flotte unique : le Sinagot, construit pour pêcher à la voile dans le Golfe, remarquable à sa coque sombre et à son plan de voilure simple. L’association les Amis du Sinagot entretient et fait naviguer plusieurs de ces bateaux, organisant des balades commentées et des sorties lors des grandes fêtes (demander programme à la Maison Rose, près du port).

  • Autour de Séné, on compte aujourd’hui une quinzaine de sinagots restaurés et navigants (dont trois classés monuments historiques).

La Trinité-sur-Mer : entre course et tradition

Célèbre pour son port de plaisance et ses multicoques de course, La Trinité-sur-Mer abrite aussi une flotte de coquilliers du Morbihan, gibulant entre la tradition et la modernité. Au printemps, on croise sur les pontons la procession hétéroclite des “amis du Biche” (du nom du grand thonier classé de l’île de Groix, souvent invité lors des fêtes nautiques).

Quelques pieds de ponton plus loin, d’anciens bateaux ostréicoles ou gabarres à voile, comme la Passe-Davant, partagent la lumière du soir avec les trimarans du Trophée Jules-Verne.

Port-Navalo et Arzon : le goût du large

A l’extrémité de la presqu’île de Rhuys, Port-Navalo héberge la Belle de Vilaine, réplique d’un sloop traditionnel. Les jours de brise, on la voit passer le phare pour rejoindre Houat ou Hoëdic. Sur les quais, des plates et doris attendent la prochaine sortie.

  • Chaque août, le Rassemblement du Mor Braz convoque des dizaines de gréements anciens (prochaine édition : 2024, source : Mairie d'Arzon).

Locmiquélic, Port-Louis et la rade de Lorient : le vivier bigarré

Autour de Lorient, la culture maritime oscille entre monde ouvrier et tradition vivace. Locmiquélic, Port-Louis, mais aussi Groix l’île, arborent dragues à huîtres, misainiers et chaloupes ancienne génération. Nombreux sont les bateaux classés qui sortent au large, notamment lors du Festival Interceltique ou du Temps Fête.

Quand admirer ces bateaux ? Rendez-vous festifs et saisons propices

  • La Semaine du Golfe du Morbihan (années impaires) : Plus de 1 400 bateaux traditionnels réunis dans tout le golfe ; Armada exceptionnelle en mai – la prochaine édition aura lieu en 2025 (voir semainedugolfe.com).
  • Les fêtes de Saint-Goustan (Auray) : Pour croiser les gabarres, participations d’associations locales et concerts sur quais, généralement en juillet.
  • Rassemblement de sinagots (Séné) : Plusieurs fois par an, balades découvertes et sorties en flottille, sur pré-inscription.
  • Festival Temps Fête (Douarnenez, mais rassemble Lorientais et Morbihannais) : Aubade à la fraternité maritime tous les deux ans.
  • Le reste du temps, chaque port a ses “habitués”, qui ne sortent pas toujours par grand beau, mais restent visibles à quai ou en carénage.

Pour ceux qui rêvent d’assister à la manœuvre d’un vieux gréement, privilégier la mi-saison (mai/juin ou septembre) : moins de monde, plus de voile.

Comment approcher les bateaux traditionnels au plus près ?

  • Visiter les chantiers associatifs : Le Guip (île-aux-Moines et Belle-Île), Cabane du Forban (Le Bono), chantier du Slipway (Locmiquélic). On y croise des charpentiers navals passionnés, parfois ouverts à la discussion.
  • Participer à une sortie associative : Plusieurs associations locales proposent une à deux fois par mois des sorties participatives ou ateliers (adresses ci-dessous).
  • Surveillez l’activité des pontons : Les équipages, souvent bénévoles et bavards, racontent volontiers l’histoire de “leur” bateau à qui prend le temps de s’arrêter.
  • Regarder, écouter, sentir : Un bateau traditionnel se découvre aussi à travers le bruit du bois, le parfum du goémon, la toile qui claque. Il suffit parfois d’un matin calme ou d'une montée d’odeur de créosote pour que le passé revienne.

Quelques associations et liens pour aller plus loin

  • Les Amis du Sinagot (Séné) : sorties, animations, ateliers (contact : sinagot.bzh)
  • Le Forban du Bono : histoire, balades, chantiers participatifs (infos auprès de la mairie du Bono ou lebono.fr)
  • Passe-Davant (La Trinité-sur-Mer) : navigation et restauration de vieilles coques (passedavant.wixsite.com/asso)
  • Port-Louis Marine : sorties, travail du bois, patrimoine portuaire (Port-Louis et Lorient, voir mairie).
  • La Semaine du Golfe : programme, associations, histoire des types de bateaux semainedugolfe.com
Type de bateau Port d’origine Association principale Fêtes & sorties
Sinagot Séné Les Amis du Sinagot Bals, sorties sur inscription, Semaine du Golfe
Forban Le Bono Le Forban du Bono Sorties, ateliers, cabane ouverte toute l’année
Yole de Bantry Vannes, Auray Régate du Golfe Compétitions, fêtes portuaires en saison
Gabare Saint-Goustan, Auray Saint-Pierre / Béquerel Ateliers, balades historiques au port

Et si on prenait le temps d’un quai à l’autre ?

Dans le Morbihan, on est parfois tenté d’aller vite, de chercher la fameuse “plus belle vue” ou la photo parfaite. Mais c’est en musardant, un carnet à la main, de port en port, qu’on se retrouve face à ce patrimoine vivant. On salue un charpentier en train de calfater une coque sous le soleil du matin. On glane une anecdote auprès d’un retraité qui a “fait trois fois la traversée d’Houat en sinagot”, ou on observe, le soir tombant, les enfants jouer près du Forban du Bono comme on jouait il y a cent ans. Car dans chaque port du Morbihan, les bateaux traditionnels ne sont pas des curiosités figées : ils respirent, ils vivent, ils racontent la mer autrement.

En savoir plus à ce sujet :