12/11/2025

Ports cachés et escales oubliées : voyager autrement sur la côte morbihannaise

Le port de Vannes : côté Conleau et la tranquillité retrouvée

On connaît Vannes pour ses remparts, son port de plaisance et ses terrasses animées. Mais peu prennent le temps de pousser jusqu’à la presqu’île de Conleau. Là, l’ancien « port blanc » attend les curieux : minuscule bassin, cabanes en bois gris, alignement de petites barques traditionnelles. L’eau y dessine des motifs de lumière entre les pilotis. Les cris des mouettes s’éloignent, le marché du centre ville n’est qu’un lointain murmure.

  • Ambiance : presque confidentielle en semaine, animée de familles discrètes aux beaux jours.
  • À faire : flâner le matin, avant que la marée ne recouvre le passage vers la piscine de mer ; observer les pêcheurs à la crevette en été.
  • Le détail à ne pas rater : les cabanes de baignade, témoins d’une petite station balnéaire à la bretonne, créées dès la fin du XIXe siècle.

Conleau, c’est la cité portuaire hors la ville. Le nez dans la brume ou les yeux dans les reflets d’un soir de printemps, on y retrouve la simplicité des anciens lieux de passage. Depuis 2022, le port s’est même doté d’un modeste ponton flottant, dédié surtout aux petits bateaux traditionnels (Source : Ville de Vannes).

Le port du Logéo : le granit à fleur d’eau, un havre hors du temps (Sarzeau)

Sur la commune de Sarzeau, côté Rhuys, filez au sud et cherchez la pancarte « Le Logéo ». La route s’enroule à travers les bois puis s’ouvre soudain sur une anse granitique figée dans la lumière. C’est ici que les chantiers navals du XIXe siècle lançaient des barques sardinières, c’est ici que l’on pose encore aujourd’hui les filets à la tombée du soir.

  • Particularité : l’extrême discrétion du lieu, oublié des grandes marées humaines, seulement effleuré par quelques promeneurs et chalutiers locaux.
  • Vue imprenable : au levant, les premières couleurs sur la ria, avec Houat au loin.
  • Rencontres : pêche à pied au petit matin, discussion sur le quai avec les derniers charpentiers de marine.

Le Logéo n’a pas changé, ou si peu : aucun superflu. Juste le passage du temps, le granit, l’eau. Le port compte à peine une vingtaine d’anneaux pour les plaisanciers, signe que tout le monde n’est pas convié à la fête (Source : Site officiel de la commune de Sarzeau).

Port Anna : l’autre embouchure du Golfe (Séné)

À deux pas de Vannes, mais loin du tumulte, Port Anna dévoile un visage insoupçonné du Golfe. Ici, c’est le dernier port traditionnel de la commune de Séné, hérité des pêcheurs et ostréiculteurs. On y accède à pied ou à vélo depuis l’église de Séné, par une petite route bordée de jardins. Ce port vit encore au rythme des marées et des chantiers ostréicoles.

  • À admirer : l’alignement des cases ostréicoles, dont certaines rénovées accueillent de petites expositions artistiques l’été.
  • Traversée insolite : embarquez pour l’île d’Arz à bord de la « Passeur des Îles » depuis Port Anna, pour une virée hors des circuits touristiques classiques.
  • Spécificité locale : chassés-croisés entre les voiliers élèves de la classique sinagote, embarcation traditionnelle de Séné.

Port Anna, c’est le Morbihan à hauteur d’homme, où la marée dicte ses lois, où l’on entend plus souvent le breton que le parisien, surtout lors du pardon de la mer chaque été (Source : Association Les Sinagots).

Le port de Vieux Passage : Rivière d’Etel, miroir secret

À l’entrée de la ria d’Etel, juste en face de la commune d’Etel mais de l’autre rive, le port du Vieux Passage est presque un décor de roman. Il a pourtant son histoire propre, étroitement liée à la pêche et à la construction navale, mais avec la modestie des lieux un peu délaissés par le temps.

  • Les bateaux : pointus, canots aigus, yoles… le port est resté un repaire de petits bateaux traditionnels, bien loin des marinas alignées.
  • La douceur de la ria : ici, le sel et la vase se mêlent, le port s’évanouit dans la lumière rose au crépuscule.
  • À essayer : la traversée du pont Lorois à pied, pour ressentir la force de la barre d’Etel, ce courant redouté qui fit couler plus d’un navire depuis deux siècles (Source : Musee-des-thoniers.fr).

Ce port figure toujours dans les inventaires des sites à préserver pour sa biodiversité et son héritage maritime discret.

Port Lay : Groix, escale intime à l’autre bout de l’île

Les touristes débarquent à Port-Tudy, font la photo, enfourchent un vélo. Mais presque personne ne pousse jusqu’à Port Lay, petit port encaissé du sud-ouest de l’île de Groix. Jadis port sardinier puis base de pêcheurs et contrebandiers (il paraît que la nuit, jadis, les chaloupes croisaient jusqu’aux côtes espagnoles…), le port vit aujourd’hui dans la sérénité.

  • Histoire vivante : unique sur Groix, deux anciens bassins à flot, marqueurs de l'histoire sardinier du XIXe siècle.
  • Un festival : chaque été, les Rencontres de Port Lay rassemblent théâtre, cinéma et chansons, à mille lieues des foules (Source : ile-de-groix.info).
  • À faire : partager une assiette de poissons fumés au Café du port, institution locale à la devanture improbable.

Port Lay, c’est l’île, la vraie, celle qui se mérite, à vingt minutes à pied de toute agitation.

Port de Saint-Gildas (Saint-Armel) : à la frontière des marais

Sur les rives sud-est du Golfe, au milieu des prés salés et loin du moindre bruit de moteur, on tombe sur Saint-Gildas. Ce « port » aujourd’hui minuscule fut jadis un point d’expédition du sel, de l’huître, du foin. La vase a remplacé les entrepôts, mais l’ambiance est restée, sauvage et silencieuse.

  • Observation : des dizaines d’espèces d’oiseaux au printemps, dont des tadornes et des courlis.
  • À découvrir : la digue des Moines, oeuvre des moines de l’abbaye de Rhuys au Moyen-Âge, qui transformèrent la zone en marais salants (Source : Mairie de Saint-Armel).
  • Atmosphère : rien à acheter, tout à contempler. Marcher pied nu dans la vase, cueillir de la salicorne.

Saint-Gildas, on n’y vient pas par hasard, et on n’en repart jamais tout à fait.

Autres escales : les ports qui murmurent

  • Le petit port du Lenn (Arradon) : anse en demi-lune, cabanes de pêcheurs, idéal pour les rêveries du soir.
  • Port de Pen Lann (Billiers) : dernier port ouvert du pays de Vilaine, chant des cloches de Notre-Dame de la Mer en fond sonore.
  • Le Bono : suspendu au-dessus de la rivière d’Auray, pont en suspendu, mémoire de thoniers entassés à quai jusque dans les 50’s ; pour les passionnés d’histoire maritime.

Écouter, s’attarder, transmettre

Ce qu’offrent ces ports, c’est le refus du décor figé. Cela tient à peu de choses : l’absence de boutiques de souvenirs, la lenteur des mouvements, parfois le silence, et souvent la ténacité de celles et ceux qui veillent sur ces lieux. Certains n’abritent même plus guère de bateaux, d’autres voient les chantiers renaître grâce à la passion de bénévoles ou d’anciens.

Accoster dans l’un de ces ports, c’est accepter de ne rien attendre d’extraordinaire au sens touristique, mais de voir, de sentir – le bois usé, le fer rouillé, la digue ancienne, la pêche du jour, un vieux chant sur le quai, les falaise timides, la mer variable. C’est cela, aussi, visiter la Bretagne : s’imprégner, comprendre, et pourquoi pas, revenir écouter l’histoire.

Informations pratiques : comment profiter de ces ports différemment ?

  • Venir à pied ou à vélo : prévoir de stationner hors des villages pour ne pas saturer les accès, certains ports n’ayant pas d’aire de parking formalisée (Le Logéo, Port Lay, Saint-Gildas).
  • Respect : observer la vie locale, ne pas déranger les pêcheurs ou usagers, rester discret.
  • À glaner : on trouve parfois un café éphémère, une buvette sur le port ou un marché de criée (surtout Port Anna et Port Lay en été).
  • Meilleures périodes : privilégier le printemps et l’automne, pour savourer l’ambiance, la lumière et croiser surtout des locaux.
  • Produits locaux : la salicorne à Saint-Gildas, les sardines à Port Lay, les huîtres à Port Anna.

Livrer ces adresses, c’est comme partager un bon coin de pêche : à prendre avec respect. Les ports méconnus du Morbihan se découvrent paisiblement, avec le cœur et l’écoute, au fil des marées. Seuls ou à deux, à la belle étoile ou au lever du brouillard, c’est là qu’on croise la vraie côte, celle qui se mérite, celle qu’on n’oublie pas.

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