05/09/2025

Boucle en famille : Sourires, mousses et merveilles dans la forêt de Camors

Un peu d’histoire et de terrain : ce que cache Camors

La forêt de Camors, c’est dans le Morbihan intérieur, au tout début des landes, à deux pas du bourg éponyme. 650 hectares publics (cosignée par l’Office National des Forêts) — soit un rectangle boisé, à l’ouest de Baud, qui touche Pluvigner, avec ses confins de hêtres, chênes, pins maritimes et une poignée de mystères (source : ONF).

Pas de vestiges de grande chasse, ni de jardins à la française, mais des galettes de granite, sources, menhirs, et vestiges de voies ferrées. Autrefois repaire de sabotiers (la commune affichait jusqu’à 500 ouvriers du bois au début du XXe siècle), la forêt a gardé ses sentiers secrets, où passent de rares bêtes mais beaucoup de vélos, promeneurs et parents avec trottinettes de fortune. Pour une balade familiale, tout l’art consiste à éviter les pistes ultra-sportives du VTT, à choisir les sentiers ponctués de « surprises », et à prévoir de quoi goûter.

Que préparer avant de partir avec les enfants ?

  • Saisonnalité : Les chemins peuvent se gorger d’eau l’hiver – optez pour le printemps ou le début d’automne pour des sols souples et des couleurs de mousses éclatantes.
  • Accessibilité : Certains sentiers sont vallonnés mais praticables en poussette « tout terrain ». Pour les plus jeunes, privilégier les circuits de -5 km ou les boucles proches du Talhouët.
  • Sécurité : On croise rarement une voiture, mais la forêt de Camors, c’est aussi de vieilles ruines, des pierres glissantes et des ruisseaux : bien surveiller les petits dès qu’on quitte le GR.
  • Balisage : Les principaux sentiers familiaux sont balisés jaune ou bleu. Le GR 38 traverse la forêt sur la transversale sud (source : Tourisme Bretagne).
  • Carte : Disponible gratuitement à l’Office de tourisme de Baud ou sur le site de la communauté de communes Baud Communauté.

Trois sentiers majeurs à découvrir – et comment les vivre en famille

1. La boucle du Petit Bois (2,7 km) : Le sentier initiation pour toutes jambes

C’est la balade familiale par excellence, accessible dès trois ans. Départ du parking de la « Base de plein air du Petit Bois », où se mêlent aire de jeux, boucle VTT (pour les casse-cous) et tables de pique-nique. Le sentier, balisé jaune, serpente sous les grands hêtres, longe un ru qui alimente l’Abbaretz, puis revient au point de départ sans jamais être monotone : fougères géantes à hauteur d’enfant, tapis de jacinthes sauvages dès avril, et toujours ce silence ponctué d’oiseaux qu’on entend mieux mains dans les poches.

Points forts :

  • Très peu de D+ (< 40 mètres), adapté aux plus jeunes.
  • Départ et arrivée avec jeux, toilettes publiques, fontaines.
  • Enquête naturelle possible (la base de loisirs propose des livrets découverte à la belle saison).
  • Sur le chemin, un panneau pédagogique explique le travail ancestral des sabotiers — à caler, pour briller au goûter : en 1911, Camors comptait encore 240 fabriques de sabots ! (Source : Patrimoine.bzh).

2. Le circuit du Talhouët au Train Mystère (4,4 km) : Un peu d’aventure sur rails oubliés

Pour les petits marcheurs qui tiennent la distance, embarquez sur le circuit du Talhouët. Ce chemin s’enfonce d’abord dans la hêtraie, puis traverse l’ancien tracé ferroviaire Auray-Pontivy, désaffecté depuis 1989 (Wikipédia), mais sur lequel, certains dimanches d’été, circule encore le « Train touristique du Camors Express ».

La balade propose une ambiance plus mystérieuse : tunnels de verdure, passage d’un vieux pont de pierre, et une halte possible à la fontaine Saint-Gobrien, lieu paisible, où nicherait, dit-on, un korrigan taquin. De quoi lancer les enfants dans la collecte de cailloux et de plumes.

Points d’intérêt :

  • Ombrage quasi permanent, bon pour les jours chauds.
  • Traversée instructive des anciens rails (et panneaux sur la faune locale).
  • Pause culturelle : légendes de la fontaine Saint-Gobrien, où l’eau aurait des vertus pour… apprendre à marcher (racontez ça aux plus jeunes !).
  • Possibilité de coupler la marche avec un tour en Rosalie ou draisine (location saisonnière sur la voie ferrée – infos pratiques ici).

3. Sur les traces du Chêne à L’Appel (7,2 km) : Marche complète, entre forêt profonde et clairières sacrées

Pour les familles habituées aux sorties plus longues (2 h à 2 h 30 de marche, selon rythme), la boucle du Chêne à L’Appel déroule tout l’imaginaire de la forêt bretonne. Au départ du village du Talhouët, l’itinéraire serpente par d’anciennes allées sabotières, frôle des bornes mégalithiques presque effacées (regardez bien sur la droite après 3 km), et croise le fameux « Chêne à l’Appel ».

Ce vénérable chêne, multicentenaire, était le lieu où l’on appelait aux travaux collectifs (« les corvées ») : une tradition rurale mixant droit coutumier et convivialité, dont les plus anciens de Camors parlent encore, à condition de les écouter au marché, le dimanche matin (commune de Camors).

  • Sentier plus sauvage, mais chemins entretenus par l’ONF.
  • Belle diversité de paysages : clairières à digitales, chênes tordus, flaques à salamandres (attention, espèce protégée, ne pas toucher !).
  • Possibilité d’apercevoir chevreuils ou buses, surtout en fin de journée.
  • Idéal pour observer, en juin, la cueillette (respectueuse) des fraises des bois.

Petites haltes et grands plaisirs : ce qu’on ne trouve pas sur les cartes

Les sentiers de Camors ne vivent pas qu’à travers les flèches jaunes. Les familles du coin s’accordent quelques pauses cachées :

  • La source d’Abbaretz : Logée dans un creux humide, c’est un vrai terrain d’observation pour les apprentis naturalistes, avec tritons ponctués, grenouilles rieuses et carapaces vieilles comme la forêt.
  • Les ruines de l’ancien moulin du Talhouët : Fréquentées par les crapauds en soirée, c’est LE point « totem » pour inventer des histoires (succès garanti après 17 h !).
  • La Barrière Rouge : Vieille barrière sur l’ancienne route forestière, elle accueille toute l’année des œuvres éphémères (cailloux empilés, galets peints, parfois même un « hôtel à insectes » coopératif lancé par des enfants du village voisin).

Quelques conseils locaux pour une balade réussie

  • Pensez à emporter de quoi boire et grignoter : il n’y a pas d’espace de restauration ou d’épicerie dans la forêt même (il faudra regagner Camors, ou — plus typique — la crêperie du bourg).
  • Les balades de Camors sont rarement accidentées mais parfois boueuses : prenez de vraies bottes ou des baskets qui ne craignent ni la branche, ni la ronce.
  • Pour partager l’aventure, prenez un petit carnet et des crayons : recettes glanées auprès des grand-mères (citronnade des fougères, histoire du sabot), dessins des champignons ou questions à poser à l’ONF au retour.
  • La chasse, à l’automne, impose quelques précautions : portez des gilets colorés, restez sur les sentiers balisés, renseignez-vous sur les jours autorisés (Morbihan.gouv.fr).
  • Avant de partir, jetez un œil au site de la commune ou à la maison forestière pour des balades thématiques (contes forestiers, observation des oiseaux, etc. — souvent organisées pendant les petites vacances scolaires).

Quand la balade finit, la forêt de Camors commence à raconter

Une promenade ici, ce n’est pas une case cochée, ni un itinéraire à faire en « record ». Ce bout de Bretagne verdoyante, posé juste à l’écart des grands axes, se découvre au fil de pas calmes et d’esprits lucides. Même les familles de passage repartent avec autre chose qu’une photo de lande ou une poignée de glands — souvent, ce sont des histoires à finir chez soi, des belles portions de silence, une feuille, une odeur, ou la promesse de revenir, cette fois pour ramasser la brume à la pointe du matin. Entre chemins battus et petits bonheurs inattendus, Camors sait parler à chacun, mais jamais de la même façon.

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