21/12/2025

Entre lumière et légende : explorer les vitraux remarquables des chapelles du Morbihan

Un peu de contexte : les vitraux, la Bretagne, le Morbihan

Avant les GPS et les réseaux sociaux, c’était la lumière qui guidait. En Bretagne et dans le Morbihan, la tradition du vitrail s’est imposée dès le Moyen Âge, souvent portée par des ateliers locaux, hâbleurs ou humbles, qui travaillaient le verre comme d’autres sculptent la lande.

  • Le Morbihan, terre de chapelles : Plus de 800 chapelles recensées dans le département (source : Conseil départemental du Morbihan, chiffres 2023). Beaucoup nichées dans des hameaux où l’on ne passe jamais « par hasard ».
  • Du verre "vitrail" local : Dès le XVe siècle, le Morbihan compte des maîtres-verriers inspirés du style flamboyant, mais aussi des touches naïves et populaires, parfois inattendues. Les influences anglaises remontent parfois les rias.
  • Un patrimoine fragile : Les guerres, le climat et la Révolution ont parfois brisé les vitraux, mais les restaurations depuis le XXe siècle ont relancé nombre d’ateliers traditionnels (cf. Patrimoine & Vitrail Bretagne).

Les chapelles du Morbihan à ne pas manquer pour leurs vitraux

1. Chapelle Sainte-Barbe (Le Faouët) : exubérance, ex-votos et lumières du pays

Perchée sur un éperon rocheux, la chapelle Sainte-Barbe fait parler d’elle pour la vue, la procession de la Trinité et ses ex-votos en bois de bateaux. Mais peu savent que l’écrin de pierre abrite des vitraux du XVe et XIXe siècles, restaurés mais fidèles. On retrouve :

  • Des scènes bibliques en camaïeux de rouge et bleu intense, typiques du gothique.
  • Une représentation rare de Sainte-Barbe et du dragon, clin d’œil aux légendes locales.
  • Des détails sur la vie rurale du XIXe, un vrai témoignage social.

À savoir : la chapelle se visite surtout l’été ou lors des pardons. Prenez le temps d’y passer en fin de matinée, quand la lumière vient lécher la pierre.

2. Chapelle du Saint-Esprit (Auray) : l’envolée contemporaine

Longtemps en sommeil, la chapelle du Saint-Esprit, en plein cœur d’Auray, a retrouvé vie grâce à une restauration de grande ampleur. Le geste fort vient des vitraux modernes signés Antoine Le Bihan (2014), fils du pays. Ici, il ne s’agit plus de bible illustrée : place à l’abstraction, en harmonie avec les pierres brutes et l’ancien hôpital des pèlerins de Compostelle.

  • Des verres structurés, jouant avec la lumière bretonne (souvent mouvante, parfois dorée, parfois grise).
  • Un hommage discret aux figures maritimes d’Auray – l’ancre, la vague – au regard de la spiritualité.

Les puristes du vitrail ancien ne s’y retrouvent pas toujours, mais l’expérience est sensorielle, moderne, très « Morbihan d’aujourd’hui ».

3. Chapelle Saint-Fiacre (Le Faouët) : la virtuosité du XVe siècle

Classée monument historique depuis 1891, la chapelle Saint-Fiacre accumule les superlatifs. Aux yeux du visitant attentif, les vitraux du chœur, datés de 1557, sont une école du vitrail Renaissance. Celui représentant « La Passion du Christ » est un des plus grands vitraux Renaissance de Bretagne, souvent comparé, pour sa richesse narrative, à ceux de Tréguier.

  • Plus de 300 personnages illustrés, certains si petits qu’un guide local parlait de « miniatures pour le soleil ».
  • Des détails sur les costumes de l’époque : vrai guide visuel de la mode bretonne de 1550.
  • Une restauration exemplaire, confiée en 2018 à l’atelier Helmbold, spécialiste breton.

Le meilleur moment pour s’y rendre ? Quand le soleil joue sur la nef, vers 16-17h. La visite est souvent couplée avec l’art du bois polychrome (poutres sculptées), autre spécialité locale.

4. Chapelle de la Trinité (Priziac) : un chef-d’œuvre caché

Priziac, ce n’est pas la commune qu’on visite en priorité. Mais sa chapelle de la Trinité est un secret bien gardé des amoureux du vitrail :

  • Vitraux du XVe siècle à dominance bleue, restaurés avec des verres soufflés à la bouche à l’ancienne.
  • Iconographie populaire et militaire (soldats, scènes de chasse, détail rare dans le Morbihan).
  • Un effet de lumière « nordique », parfait lors des journées nuageuses.

Le site n’est pas toujours ouvert : se renseigner auprès de la mairie ou profiter des Journées du Patrimoine.

5. Chapelle Saint-Jean-Baptiste de Lann-Groëz (Guidel) : l’esprit du XXe siècle

Posée au cœur des dunes, Saint-Jean-Baptiste de Lann-Groëz a inspiré les artistes du XXe siècle. Les vitraux signés Jean Le Moal (1979), pilier de la nouvelle école française du vitrail, offrent ici un dialogue apaisant entre mer, vent et foi.

  • Techniques de verre éclaté, donnant à la lumière une diffusion sans égale sur le granit blond.
  • Thèmes maritimes derrière l’abstraction : filets, vaguelettes, couleurs atlantiques.

La chapelle résume bien le Morbihan contemporain : simplicité, modernité, sens du paysage, et ouverture à l’imaginaire.

Comment reconnaître un vitrail remarquable dans une chapelle bretonne ?

Sur le terrain, il n’est pas toujours facile de « sentir » la différence. Quelques repères :

  • Âge et contexte : Les plus précieux sont souvent datés, signés ou annotés (cherchez la mention d’un mécène ou d’une date de consécration sur le soubassement).
  • Techniques : Le verre soufflé, les plombs épais, les émaux délicatement peints racontent le niveau de savoir-faire. Les vitraux modernes utilisent parfois la dalle de verre, technique très présente dans les années 1950-70 en Bretagne (cf. Atelier Loire, Chartres).
  • Iconographie : En Morbihan, on trouve régulièrement des saints locaux (Saint Cornély, Sainte-Anne, Saint Patern), des scènes qui mélangent le religieux et le quotidien (pêcheurs, moissonneurs), parfois même des clins d’œil à des légendes celtiques ou mégalithiques.

Petites adresses et astuces pour poursuivre la découverte

Si la curiosité vous titille au-delà des itinéraires balisés, voici de quoi affûter l’œil et croiser la route de vitraux « différents » :

  • Associer chapelle et atelier : Le Morbihan compte plusieurs ateliers ouverts au public, comme l’atelier Le Bihan à Belle-Île ou l’atelier Helmbold à Lorient. Ils restaurent aussi pour les chapelles. On y découvre les étapes de la création, du dessin à la pose finale.
  • Participer aux Journées du Patrimoine : Entre septembre et octobre, des dizaines de chapelles habituellement closes ouvrent leurs portes. On y croise souvent des bénévoles passionnés capables de raconter mille anecdotes (exemple : la chapelle Saint-Colomban à Carnac, qui évoque dans ses vitraux les pèlerinages marins jusqu’en Irlande).
  • Marcher davantage, lever la tête plus souvent : Sur les sentiers du Tro Breizh, de la vallée du Blavet ou des landes de Lanvaux, chaque détour révèle ses propres couleurs : un bleu intense à Sainte-Anne-d’Auray, un rouge somptueux à Sainte-Avoye de Pluneret.

D'autres pépites à la lumière bretonne : suggestions pour ceux qui veulent aller plus loin

  • L’église Saint-Gildas de Saint-Gildas-de-Rhuys : vitraux XIXe restaurés et intégration de panneaux datés du XVIe siècle. Ici, l’histoire de l’abbaye se lit aussi dans le verre coloré.
  • Chapelle Notre-Dame de la Clarté à Quiberon : l’une des rares chapelles du littoral à conserver des vitraux du XIXe dédiés au sauvetage en mer et à la Vierge protectrice.
  • Chapelle Sainte-Anne de Kergroix à Plouharnel : vitraux d’artistes contemporains comme Pauline Le Moal, hommage discret aux femmes de pêcheurs.

Ce panorama n’a rien d’exhaustif, bien sûr. On pourrait y passer une vie entière, de la presqu’île de Rhuys aux rias de Laïta, à chercher ces morceaux d’aube et de crépuscule piégés dans le verre.

Sources : Conseil départemental du Morbihan (« Chapelles du Morbihan », 2023), Direction régionale des affaires culturelles Bretagne, « Le vitrail en Bretagne » de Jean-Pierre Le Bihan, site Ville du Faouët.

Parcourir le Morbihan à la recherche de ses vitraux, ce n’est pas seulement chercher la beauté ou la prouesse artisanale. C’est ouvrir un dialogue, sensible et continu, avec la lumière. Au détour d’une lande, dans la pénombre d’une nef ou sous la pluie battante, ces vitraux sont des invitations à ralentir, observer, et, parfois, à croire qu’ici la lumière sait vraiment raconter une histoire.

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